
© Martin Laprise
Les Jardins du Grand-Portage
Par
Marie-Fleurette Beaudoin
Sous l'influence conjuguée de ses concepteurs, Yves Gagnon et Diane Mackay, ce lieu inattendu au coeur de Lanaudière se distingue par son potager
biologique hors du commun.
Dès leur arrivée aux Jardins du Grand-Portage, les visiteurs sont accueillis par de grandes plates-bandes dominées par de gigantesques tournesols. En effet, les plantes géantes sont la spécialité de l'endroit. D'immenses plants d'amarantes foisonnent dans un désordre calculé: les
panicules rouges, pourpres et dorées se mêlent aux splendides inflorescences pourpres retombantes ou verdâtres portées sur des
tiges rosées. Des ricins, de luxuriants plants de maïs ornemental (
Zea mays var.
japonica) aux feuilles panachées de rose et de grands cannas illustrent magnifiquement l'importance que leur accordent les propriétaires.
C'est en 1980 qu'Yves Gagnon, un autodidacte passionné de jardinage
biologique et diplômé en cuisine, et sa compagne Diane Mackay, spécialiste des plantes médicinales, s'installent à Saint-Didace. Au départ, ils jardinent principalement pour accéder à l'autonomie alimentaire. Aujourd'hui, c'est davantage l'esprit créatif du jardinage qui les anime dans ce lieu où les formes, couleurs et textures des végétaux évoluent au fil des saisons. «Aubes brumeuses de juillet, soirées fraîches de la fin d'août, après-midis rougeoyants de septembre, matins givrés d'octobre. Pas un jour, pas une heure, pas un instant, sans que les jardins ne constituent un régal pour les yeux, l'odorat, l'ouïe, le toucher et... pour l'âme», écrit Yves dans
Un seul jardin.
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Le jardin potager
Élément fondateur des Jardins du Grand-Portage, le potager est structuré en trois parties principales. Ceinturé de plates-bandes à l'anglaise, chacun de ces îlots couvre une superficie de 200 mètres carrés. Dans le troisième, un étang a favorisé l'établissement d'un grand nombre de grenouilles, rainettes et crapauds, qui se délectent des limaces et des vers gris. Tandis que les
arbres abritent de nombreux oiseaux prédateurs d'insectes nuisibles, les
fleurs offrent leur
nectar nécessaire aux insectes parasitoïdes et prédateurs. Cette vie intense participe à l'équilibre des cultures de
légumes.
Les îlots constituent des parcelles où les
fruits et
légumes sont cultivés sur buttes ou en «planches», lesquelles sont séparées par des sentiers permettant la circulation des jardiniers et des visiteurs. Cet aménagement permet la rotation des cultures. Ainsi, la première année, une section est utilisée pour les plantes gourmandes en éléments nutritifs et exigeant beaucoup de
compost. La deuxième année, on y installe plutôt des
légumes qui se contentent des résidus de matière
organique de l'année précédente ainsi que des plantes compagnes ou aromatiques et quelques
fleurs. La troisième année, on y sème des
engrais verts (sarrasin, seigle d'automne, avoine, etc.). La quatrième année, le cycle recommence. Ainsi, les
légumes jouissent toujours de conditions maximales de croissance.
Le compagnonnage suscite beaucoup d'intérêt. Il s'agit d'associations bénéfiques entre les
légumes auxquels on ajoute des plantes aromatiques et des
fleurs dont l'odeur attire ou éloigne les insectes ravageurs. La pédagogie du professeur se manifeste rapidement lorsqu'Yves fait visiter ses jardins. Ainsi, il met en garde les visiteurs de ne pas ajouter trop de plantes compagnes ou ornementales. «Cela empêche une bonne circulation d'air et favorise le développement de maladies fongiques. Lors des étés pluvieux, des maladies peuvent se développer. Et attention: lorsque ça arrive, c'est malheureusement là pour longtemps!» s'exclame-t-il.
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Des plantes ornementales exotiques et inusitées
Au début des années 80, au cours d'une visite des plus beaux jardins d'Europe, les propriétaires ont eu le coup de foudre pour les plantes ornementales. Le voyage s'est conclu en Angleterre, où ils sont tombés sous le charme des jardins anglais. «Une rondeur séduisante, l'absence de symétrie, décrit Yves Gagnon. Une ambiance
indigène, éclectique, le charme discret des teintes et des textures nous donnant l'impression d'une lente évolution naturelle, c'est là que nous avons pris la décision de transformer nos jardins en nous inspirant de l'approche anglaise.» En plus d'offrir un ravissement constant pour les visiteurs, les plates-bandes ornementales qui ceinturent les sections légumières des Jardins du Grand-Portage accroissent la biodiversité et, ainsi, contribuent à résoudre de nombreux problèmes rencontrés dans les cultures. Pour Yves Gagnon, c'est une illustration
parfaite du terme «écologie».
La partie centrale des jardins est occupée par des
massifs de rudbeckies, d'iris
blancs et d'achillées colorées, une phytolaque d'Amérique (
Phytolacca americana), deux gros thuyas et quelques ifs
taillés. À travers ces plantes s'érigent des bosquets d'annuelles où s'entremêlent les
fleurs pourpres des pennisetums 'Purple Majesty' et les
fleurs bleu violacé des cerinthes. En bordure sont regroupés des agérates mauves et des gloires du matin à grandes
fleurs bleues, qui s'harmonisent à merveille avec les
vivaces.
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Pour Yves Gagnon, la beauté du jardin d'ornement repose sur l'harmonie des couleurs. Il aime regrouper du rose, du bleu, du mauve avec quelques touches de jaune. Il associe l'orangé au rouge et au jaune avec un peu de bleu pour la confection de plates-bandes lumineuses et festives, qu'il affectionne particulièrement. «Un aménagement réussi donne l'illusion que le paysage s'est créé naturellement.» Dans la partie arrière du jardin poussent par talles des vénidiums orange (
Venidium fastuosum) et des cosmos orangés, des zinnias, des héliotropes, des amarantes et quelques gazanias. Ce feu d'artifice de couleurs vives crée un contraste saisissant avec la sobriété du jardin zen, situé tout près.
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Tournesols géants et jardin zen
Les tournesols sont les plantes fétiches des Jardins du Grand-Portage. Chaque année, plus d'une dizaine de
cultivars géants y sont établis un peu partout. «Les gens sont fascinés par leur exubérance. Ils me disent: "Mais c'est les tropiques ici! Qu'est-ce que vous faites?" La réponse est
simple. Les tournesols géants (
Helianthus giganteus) sont fertilisés avec un bon
compost, une pelletée par plant. Ils peuvent atteindre 2, 3 mètres.»
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À l'opposé, le jardin zen suggère le dépouillement et la simplicité. Il est constitué de trois pierres entre lesquelles s'étale un tapis de sedum et de thym. À leur
pied, de petits
massifs d'origan et de ciboulette à
fleurs blanches se dressent. Près de la plus grosse pierre, un thuya
tortueux taillé en nuage attire l'attention alors qu'une ceinture végétale
composée d'annuelles géantes la retient. «Peu importe l'heure ou la saison, raconte Yves, les frontières entre les diverses composantes du jardin s'estompent. Lorsqu'on se lève, notre pas est moins lourd, les soucis du quotidien s'allègent.»
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Après bientôt 30 ans de labeur, Yves Gagnon et Diane Mackay peuvent être fiers de leurs magnifiques jardins et de leur incontestable contribution à l'évolution des pratiques du jardinage écologique au Québec.
Pour en savoir plus
Les Jardins du Grand-Portage
•
Le Jardin écologique, par Yves Gagnon, Les Éditions Colloïdales, 2008, 256 p.
•
Un seul jardin, par Yves Gagnon, Les Éditions Colloïdales, 2006, 232 p.
LE JARDIN EN RÉSUMÉ
• COORDONNÉES 800, ch. du Portage, Saint-Didace (à 6 km du village), tél.: 450-835-5813 ou www.intermonde.net/colloidales
• PÉRIODE D'OUVERTURE: du 16 juillet au 5 septembre
-Visites commentées à 11 h les dimanches (12 $)
* Réservation requise pour les visites commentées.
- Gratuit pour les enfants de 12 ans et moins.
Les taxes sont incluses dans les tarifs.
• DURÉE MOYENNE DE LA VISITE 3 heures