
© Gardenpicture.com
Facile de ramasser ses semences!
Par Sylvie Perron, horticultrice
D'année en année, en sélectionnant les
semences de nos plants les plus vigoureux, les plus en santé et exempts d'insectes et de maladies, on participe à l'élaboration de plants qui sont parfaitement adaptés à notre environnement. C'est comme si on aidait la nature...
Que peut-on récolter?
Il faut bien l'admettre, ça ne vaut pas le coup de récolter les
semences de toutes les plantes de notre jardin. On écarte d'emblée toutes les
variétés hybrides, c'est-à-dire les plantes qui sont obtenues par le
croisement de deux
variétés et qui sont identifiées comme telles sur l'étiquette. Certains
hybrides ne produisent pas de
graines viables ou, lorsqu'ils en produisent, cela donne des plantes qui n'ont rien de comparable avec le plant initial. Ainsi, des
semences prélevées sur un plant d'impatientes à
fleurs doubles roses peuvent donner des impatientes à
fleurs simples roses ou blanches.
On privilégie plutôt les plantes autofécondes, celles dont les
fleurs peuvent recevoir leur propre
pollen (pour le savoir, on consulte des ouvrages de référence). Les plantes issues des
semences récoltées sont toujours similaires au plant mère puisqu'il n'y a pas eu de «contamination» par le
pollen d'une autre plante. Par contre, il existe moins de plantes autofécondes que de plantes à
pollinisation croisée. Voici quelques plantes autofécondes dont on peut recueillir les
semences.
Plantes à fleurs
Clarkia, lupin, muflier, pois de senteur.
Plantes potagères
Aubergine, dolique, haricot, laitue, piment, pois mange-tout, poivron, pomme de
terre, tomate.
La pollinisation croisée
On peut aussi s'amuser à croiser des plantes dont les
fleurs peuvent être fertilisées par le
pollen d'autres plantes du même
genre, puis en ramasser les
semences.
Au moment où la plante débute sa période de
pollinisation (quand les
fleurs s'ouvrent), on se substitue à l'abeille et on pollinise la plante à la main. Pour ce faire, on utilise un petit pinceau que l'on passe sur les
étamines d'une
fleur pour les déposer ensuite sur le
pistil d'une autre
fleur
Mais, pour que l'opération réussisse, il faut empêcher que le
pollen d'autres plantes soit déposé par le vent ou les insectes sur la plante que l'on veut polliniser. Si on possède un grand terrain, on peut espacer les différents
cultivars afin qu'il n'y ait pas de recoupement. Mais cette distance varie beaucoup d'une plante à l'autre, selon le parcours effectué par le
pollen. Pour les laitues, par exemple, on recommande un espacement de 4 à 5 m, alors que, pour les haricots et les pois, on parle plutôt d'une distance de 50 m.
On peut aussi utiliser une barrière physique, par exemple un sac de papier brun qu'on dépose sur la
fleur avant que la
pollinisation débute On retire le sac lorsque la
fleur se
fane et que le
fruit commence à se former. Les plantes à
pollinisation croisée qui suivent se prêtent bien à la récolte des
semences.
Plantes à fleurs
Alyssum, aster, astilbe,
campanule, capucine, centaurée, cléome, cosmos, digitale, gaillarde, gloire du matin, lavatère, monarde, nicotine, pavot, pétunia, phlox, pourpier, sauge, tournesol, zinnia.
Plantes potagères
Betterave, brocoli, carotte, céleri, chou, citrouille, concombre, courge, épinard, melon, radis.
Quand peut-on récolter?
Le moment de la cueillette des
semences est primordial. Trop tôt, les
graines ne seront pas assez développées pour
germer; trop tard, elles auront commencé à pourrir, ou encore elles seront tombées au sol. De façon générale, les
graines des plantes à
fleurs sont prêtes à être récoltées quelques semaines après la
fanaison des
fleurs. À ce moment-là, les
graines sont sèches et brunâtres. Quant aux
fruits et
légumes du potager, comme les tomates et les concombres, on cueille leurs
semences environ une ou deux semaines après le moment où on les aurait normalement cueillis pour les consommer. Ils ont alors atteint leur pleine maturité et sont très mûrs.
On récolte lors d'une journée ensoleillée dès que la rosée du matin s'est évaporée, afin d'éviter qu'une trop grande humidité ne fasse pourrir les
semences pendant la période de conservation.
Comment récolter les semences…
... des plantes à fleurs
© Jean Morin |
• Couper les
fleurs à l'aide d'un sécateur
© Jean Morin |
• Déposer les
tiges dans un sac en papier brun et attendre que les
semences se libèrent, ou bien suspendre les
tiges, la
tête en bas, au-dessus d'un papier journal ou d'un plateau
© Jean Morin |
• Débarrasser ensuite les
graines de tout débris. Pour nettoyer les petites
graines, les mettre dans une passoire fine ou les déposer sur une feuille de papier et souffler délicatement sur le dessus. Les débris les plus légers s'envoleront et ne resteront plus que les
semences.
© dk/Alany |
• Laisser ensuite sécher les
semences sur un papier journal ou un essuie-tout pendant une période de 8 à 12 jours, pour les petites
semences, celles des ancolies par exemple, et de 15 à 18 jours, pour les grosses
semences, comme celles des haricots.
... des plantes potagères
• Couper les
légumes en deux.
• À l'aide d'une petite cuillère, retirer les
semences, puis les déposer dans un grand bol rempli d'eau pour enlever la pulpe. Rincer les
semences.
• Laisser sécher les
semences sur un papier journal ou un essuie-tout pendant une ou deux semaines jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de trace d'humidité.
• Prélever les
semences des
légumes dont les
fruits sont en
gousse (haricots, pois, etc.) directement au jardin lorsque les
gousses ont bruni et qu'on peut entendre le bruit des
semences en les brassant.
Si les semences tombent au sol
© Jean Morin |
Dans le cas des plantes dont les
semences tombent rapidement au sol, comme les géraniums et les euphorbes, il vaut mieux installer un sac en papier brun directement sur le plant pour recueillir les
graines.
Des trucs pour conserver nos semences
© Jean Morin |
Une fois nos
semences bien nettoyées et séchées, on les dépose dans des contenants hermétiques: pot en verre avec couvercle, contenant à pilules ou à film vide, etc. On identifie soigneusement les contenants avec le nom de la plante et la date de la récolte. Si on veut que nos
semences soient viables, il faut les conserver dans un endroit sombre, frais (sans fluctuation de température) et à l'abri de l'humidité et du gel. Un réfrigérateur ou une cave fraîche sont tout à fait indiqués. La viabilité des
semences varie d'une
espèce à l'autre, mais les
semences se conservent en moyenne pendant trois ans.
Nos semences sont-elles bonnes?
Pour le savoir, on leur fait passer un test de
germination maison. On dépose une dizaine de
graines sur un essuie-tout humide qu'on roule sur lui-même et qu'on glisse dans un sac de plastique. On vérifie régulièrement l'état des
graines, si plus de sept
graines germent, cela signifie qu'elles sont bonnes. On peut les semer en pleine
terre.
Et les bisannuelles?
Certaines plantes ne fleurissent qu'à la deuxième année de leur croissance. C'est le cas de la rose trémière, de la monnaie du pape, de la digitale pourpre, de la molène, du myosotis, de la carotte, de l'oignon et du persil. On laisse les
semences sur le plant pendant tout l'hiver; l'été suivant, les plants fleuriront et produiront des
graines.
Pour plus d'infos
•
La récolte des semences dans votre potager, dans Le carnet
horticole et
botanique du site du Jardin
botanique de Montréal (www.ville.montreal.qc.ca/jardin).
•
Semis, par Daniel Brochard, Hachette Pratique, 2006, 64 p., 8,95 $.
Cet article a été publié dans le magazine de jardinage
Fleurs, Plantes, Jardins. Abonnez-vous en ligne. (https://secure.indas.on.ca/care/fpj/subscribe.php3 )