
iStock
Succombez aux plantes carnivores
Par
Larry Hodgson
Elles traquent leurs proies dans des fosses, les engluent de colle ou les piègent dans leurs feuilles qui se referment comme des mâchoires. Les cultiver dans la maison fascine petits et grands.
«Plante carnivore»... Le nom titille l’imagination et évoque instantanément l’image d’une plante à gueule béante dévorant un Indiana Jones terrifié. Si au 19e siècle on croyait réellement en l’existence de végétaux mangeurs d’hommes, on a depuis appris que ce n’était qu’une légende. Les vraies plantes carnivores sont toutes de petite
taille et même la plus «gloutonne» s’avère incapable d’engouffrer un être vivant plus gros qu’une souris. Leurs véritables proies sont en fait des insectes et quelques autres arthropodes, dont les araignées. Aussi devrait-on plutôt les nommer «plantes insectivores».
Disséminées un peu partout sur la planète, les différentes plantes
insectivores n’ont pas nécessairement de lien de parenté entre elles. Elles ont chacune développé ce mode de nutrition en réponse à une
carence commune: l’absence quasi totale de minéraux dans le sol où elles croissent.
En effet, pratiquement toutes ces dévoreuses d’insectes poussent dans des
tourbières ou autres milieux anaérobiques (sans oxygène) où la décomposition de la matière
organique est pour ainsi dire nulle, où l’eau est presque pure et, par conséquent, où les éléments minéraux essentiels à la croissance des végétaux (azote, phosphore, potassium, calcium, etc.) sont rares. Comme les insectes qui visitent leurs
fleurs ou atterrissent sur leurs feuilles sont riches en minéraux, vous devinez la suite…
Une culture unique
Il va sans dire que la méthode de culture des plantes
insectivores diffère quelque peu de celles des autres plantes d’intérieur. En maîtrisant de
simples notions de base, vous serez en mesure de les cultiver toutes. Le secret: éviter tout contact avec les minéraux, que ce soit dans le
terreau, l’eau d’arrosage ou de vaporisation. Comme les plantes ne savent plus utiliser ces éléments autrement qu’en ingérant les insectes, elles dépérissent plus ou moins rapidement lorsqu’elles y sont exposées.
Terreau
On cultive les plantes
insectivores dans un mélange composé à parts égales de
tourbe de
sphaigne et de
perlite, exempt de minéraux (exclure tout autre
terreau traditionnel). Un empotage annuel est aussi recommandé.
Fertilisation
Niet! Aucun
engrais, jamais, car ce sont des minéraux concentrés. La viande est aussi à éviter parce que trop indigeste. «Mais alors, comment nourrir la plante?», demanderez-vous. Ne vous inquiétez pas: elle saura sûrement attirer un insecte de temps à autre, ce qui subviendra à ses besoins. Sinon, mettez-en un à sa disposition à l’occasion.
Arrosage
La principale erreur commise par les néophytes est précisément d’arroser ces plantes avec l’eau du robinet... Quelle déception de les voir alors dépérir peu à peu! Pour l’éviter, on n’utilise que de l’eau de pluie, de l’eau distillée ou de l’eau filtrée par osmose inverse, c’est-à-dire sans minéraux. Comme la majorité des
espèces insectivores préfèrent un milieu toujours humide, on dépose le pot dans une soucoupe d’eau que l’on remplit dès qu’elle est vide. L’hiver, on laisse le
substrat s’assécher un peu plus, mais pas tout à fait, avant d’arroser de nouveau.
Humidité
Les spécimens offerts sur les étalages sont présentés dans de petits
terrariums individuels, non sans raison. La plupart requièrent une forte humidité atmosphérique (60 à 85 %). Or, celle de nos maisons, du moins pendant l’hiver, est nettement insuffisante. On recommande donc de cultiver les plantes
insectivores dans un contenant transparent au couvercle amovible, ce qui augmente significativement l’humidité ambiante. On couvre le contenant en prévoyant une petite ouverture pour l’aération des plantes qui s’accommodent d’un éclairage diffus, et une plus large – environ 1/3 de la surface – pour les
variétés friandes de soleil, afin d’éviter la chaleur excessive. En raison de leur intolérance aux minéraux, les
insectivores peuvent difficilement partager leur
terrarium avec d’autres plantes.
Température
Celles d’origine tropicale s’adaptent bien aux températures de nos maisons l’année durant. Les autres doivent passer l’hiver dans un endroit frais où la température voisine 5 à 10 °C. Rappelez-vous qu’à cette époque, plusieurs d’entre elles perdront leur feuillage en tout ou en partie et sembleront mortes, ou presque. Pas de panique: elles renaîtront depuis leur base après trois ou quatre mois, lorsque l’air ambiant se réchauffera. Il suffira alors de supprimer les feuilles brunies.
Insectes et maladies
Les
insectivores se défendent bien contre les insectes (elles les dévorent!) et ne sont pas très sujettes aux maladies, à condition d’assurer une bonne aération et de supprimer toute feuille morte. Le noircissement des feuilles est surtout symptomatique d’un excès de minéraux plutôt que de la présence d’une maladie. Généralement confinées dans un
terrarium, elles ne sont pas très efficaces pour éliminer les insectes qui investissent vos autres plantes d’intérieur.
Multiplication
Une fois que vous saurez comment bien entretenir vos plantes et les garder en bon état, vous prendrez plaisir à les multiplier par
division, par
bouturage ou même par
semis...
Floraison
Sauf exception, mieux vaut supprimer toute
tige florale naissante: la
fleur est souvent sans intérêt et le processus de mise à
fleurs accapare inutilement l’énergie de la plante.
Dionée gobe-mouche (Dionæa muscipula)
La plus populaire des plantes
insectivores d’intérieur, sans doute à cause de son piège remarquable, si prompt à réagir. Elle développe une
rosette aux feuilles lisses, chacune se terminant en une mâchoire dentée. Verte lorsqu’elle est exposée à la mi-ombre, elle rougit sous les
rayons du soleil. Quand un insecte frôle les poils situés en son centre, ou si vous y touchez avec insistance, le piège se referme. Mais attention, ceci n’est pas un jeu: s’il subit trop de fausses alertes, le piège s’assèche. La plante vit rarement très longtemps dans nos demeures, car elle exige le plein soleil et un hiver froid.
Rossoli (Drosera sp.)
Il existe de nombreuses
espèces de Drosera, certaines de climat froid comme le D. rotundifolia de nos
tourbières. Pour une culture à l’intérieur, on préfère une
variété tropicale comme D. adelæ ou D. spathulata. Les feuilles sont tantôt étroites, tantôt presque rondes, tantôt en forme de
spatule, mais toujours couvertes de petits poils, tous coiffés d’une goutte de colle brillante qui retient les insectes. Les rossolis tolèrent un éclairage moyen mais sont plus attrayants au soleil. Même les
espèces tropicales apprécient des températures
nocturnes plus fraîches pendant l’hiver (10 °C).
Grassette (Pinguicula sp.)
La grassette tropicale (P. moranensis) est parmi les mieux adaptées à la culture intérieure: elle tolère nos températures ambiantes même en hiver, se passe fort bien du plein soleil et n’exige pas de culture sous verre. Les feuilles charnues vert
tendre forment une
rosette dense et semblent couvertes d’huile, d’où le nom «grassette». De petits insectes, dont les mouches à
fruits, s’y prennent et sont digérés lentement. C’est une des rares
insectivores qu’on peut laisser fleurir. Les
fleurs violettes s’épanouissent plusieurs fois dans l’année et rappellent celles d’une violette sauvage.
Quelques types de pièges
Colle-mouches
La plante sécrète une matière gluante à laquelle adhère la proie (rossolli).
Piège à loup
Les feuilles à deux
lobes se referment comme des mâchoires et emprisonnent la proie (dionée gobe-mouche).
Fosse
Les feuilles en forme d’urne contiennent un
nectar qui attire et retient la proie (sarracénie pourpre).
Casiers à homard
Les feuilles en tube fermé à la base ne s’ouvrent que vers l’intérieur. Une fois la proie dans le tube, elle ne peut en sortir (sarracénie perroquet).
Souricière
De petites cavités sont fermées par une trappe qui s’active lorsqu’un insecte frôle les poils situés au pourtour (utriculaire, plante
aquatique).
À essayer chez vous
iStock |
Dionæa muscipula
iStock |
Drosera rotundifolia
iStock |
Drosera spathulata
iStock |
Pinguicula moranensis