
© Yves Gagnon
Ces ravageurs venus d’ailleurs... (suite)
Par
Yves Gagnon
C’était il y a quinze ans – peut-être vingt –, Lucien, mon voisin, produisait du lait. Trente vaches. Ce n’est pas beaucoup mais à l’époque, on pouvait y arriver avec un petit troupeau. Surtout si on mangeait des patates.
Des patates, Lucien en cultivait un champ plein, tout juste à côté de notre jardin. Cette année-là fut particulièrement chaude et sèche, ce qui favorisa l’éclosion d’un important contingent de doryphores issus d’un deuxième cycle de ponte. Considérant que ses plants étaient suffisamment développés, Lucien jugea qu’il ne serait pas nécessaire d’appliquer «d’la poison!» Les
larves défolièrent son champ en un rien de temps, puis les jeunes adultes affamés migrèrent en colonnes bien rangées vers notre jardin où, vigoureuses et fières, se dressaient quelques solanacées. Elles furent assassinées sans ménagement, malgré les multiples barrages routiers que nous avons tenté d’interposer entre la horde de coléoptères et nos promesses de frites et de sauces tomates hivernales.
L’hiver dernier, comme la neige a tant neigé et que le sol n’a pas gelé, je m’attendais à une autre infestation de cet
ordre. Je me suis préparé, observant inlassablement mes jeunes plants, ne trouvant qu’à l’occasion quelques adultes qui semblaient surpris de se retrouver là. La preuve qu’avec la vie, la seule chose dont nous sommes certains, c’est que nous ne savons pas.
Le doryphore de la pomme de
terre (
Leptinotarsa decemlineata) est originaire de l’est des montagnes Rocheuses. On le trouve aujourd’hui partout, là où on cultive la pomme de
terre. L’insecte hiverne dans le sol au stade adulte. Au printemps, pour se nourrir, il recherche des plants de pommes de
terre ou d’aubergines, parfois de tomates. Après l’accouplement, la
femelle dépose ses oeufs de couleur orangée sur la face inférieure des feuilles, par
grappes de 10 à 12. De quatre à neuf jours plus tard, les oeufs donneront des
larves rougeâtres. Ce sont les
larves qui causent d’importants dommages aux plants de pommes de
terre.
On cueille manuellement les adultes avant qu’ils ne s’accouplent et que les
femelles ne pondent. Jaune et rayé de bandes longitudinales noires, le coléoptère est facile à repérer sur les plants. On peut aussi localiser les masses d’oeufs en retournant les feuilles, et les écraser entre le pouce et l’index. Les
insecticides de contact à base de roténone ou de pyrèthre sont efficaces pour contrôler les
larves. Le compagnonnage avec des haricots nains réduit la sévérité des infestations.